SA RAISON D'ÊTRE

Publié le par ryan


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Bruno, Isabelle et Nicolas ont 20 ans en 1981. C'est le temps de leurs premières histoires d'amour. Mais c'est aussi le temps du SIDA. Bruno aime Isabelle, la soeur de Nicolas. Nicolas, lui, aime Bruno. Sa raison d'être est l'histoire de leur relation aux frontières de l'amour et de l'amitié. Autour d'eux il y a leurs familles, leurs amis et entre eux, Jeremy, l'enfant d'Isabelle qu'ils décident d'élever ensemble après la mort tragique de celle-ci. A travers leurs rêves et leurs combats, c'est le portrait sur vingt ans d'une génération bousculée qui doit réinventer l'amour pour triompher de la mort...


Je n'ai pas vraiment dans l'habitude de regarder les téléfilms français, et le mot est faible, mais celui-ci vaut véritablement le détour, surtout en cette période de Sidaction dont il prend d'ailleurs le nom de la chanson qui sert d'hymne à cette association.
Diffusé en deux parties mercredi dernier et hier soir, Sa raison d'être nous replonge dans la découverte du virus du Sida en remontant jusqu'à 2008. Mais si le telefilm relate en grande partie l'arrivée du virus et ses conséquences, cela ne s'arrête pas là pour autant. Le réalisateur a l'intelligence d'évoquer et d'exploiter beaucoup de sujets liés à ces années là comme l'homosexualité, le scandale du sang contaminé, la vie sexuelle des séropositifs, le regard des autres... On suit ce chemin avec la voix off de Nicholas qui est lui même plongé dans le drame de ce qu'on appelle à l'époque, 1980, le cancer gay, et voit tous ses amis homosexuels mourir frappés par la terrible maladie. Sa famille ignore jusqu'ici son homosexualité, et lorsqu'il le leur avoue, ils le prennent assez bien, ils n'ont pas idée qu'ils vont bientôt tomber dans le drame. Leur fille enceinte Isabelle vient tout juste de recontrer un jeune ouvrier, Bruno qui veut vite devenir le père adoptif du fils d'Isabelle, Jeremy. Malheureusement, avant qu'ils ait eut le temps de signer les papier, un terrible attentat se déclare en plein centre de Paris, laissant le couple très gravement blessé. Alors qu'Isabelle est morte sur le coup, Bruno reste dans le coma de nombreux mois.


Bruno met plusieurs mois à se reveiller, mais il est décidé à s'en sortir et la rééducation suit son cours, alors que Jeremy est sous la garde de Nicholas, les papiers n'ayant pas été signés à temps. Nicholas se lie d'amitié avec Bruno et tous les deux décident d'élever Jeremy ensemble, et si Nichoas est sans doute amoureux, Buno est hétéro et ne semble pas vouloir franchir la limite avec son meilleur ami, son frère même. Il retrouve une vie, pour oublier ce drame. Jusqu'au jour où Nadia, une infirmière amie de Bruno découvre que de nombreux patients transfusés en même temps que lui ont été atteinds par le virus du Sida. Terrifié, Bruno passe le test et découvre qu'il est séropositif... Cela va tout changer dans la vie mais aussi dans celle de ses proches. La grande force de ce telefilm est sans aucun doute ses interprètes, comme Michael Cohen ou encore le formidable Nicholas Gob qui ont d'ailleurs reçu le bien mérité prix d'interprétation. Il ne faudrait pas non plus oublier la géniale Clémentaine Célarié qui incarne une mère brisée et inconsolable par la mort de sa fille nous touche jusqu'à son suicide du matin du Noël qui sonne plus que jamais comme une délivrance après des années de souffrance.
Mais si le telefilm exploite surtout les personnages de Bruno et Nicholas, les personnages secondaires ne sont pas non plus en reste, étant donné la durée de plus 3 h de l'oeuvre. On peut par exemple penser au personnage poignant de Nadia, la jeune médecin et amie de Bruno totalement boulversée par le Sida qui fait d'un seul coup partie intégrante de sa vie. Elle fini d'ailleurs par perdre tout contact avec sa famille et son mari. Quand on y réfléchi de plus près, les paroles de la chanson "sa raison d'être" corresponde tout à fait à ce personnage qui vit directement le drame. On peut par exemple noté la scène boulversante où l'un de ses patients atteind lui offre son collier juste avant de mourir. Par contre, il est dommage qu'on ne s'interesse pas plus au personnage de Nabil, son mari, car du coup, leurs problèmes conjugaux ont une raisonnance beaucoup plus faible. On a finalement tendance à être plus du côté de Nadia qui agit par pure vocation, ayant véritablement besoin d'aider les gens. C'est d'ailleurs grâce à elle que l'on découvre le scandale du sang contaminé, qui aura été fatale à Bruno, même si le scandale en lui-même éclatera des années plus tard. Un thème exploité d'une façon très poignante et sobre.


Le gros plus de cette sage est de ne jamais tombé dans le mélodrame complétement larmoyant, c'était en effet un gros risque vu l'intrigue est surtout l'évolution de l'intrigue. Mais au contraire, cela reste toujours très juste, bien sur c'est très dramatique et l'émotion est son comble à de nombreux moments, mais à aucun moments, nous n'avons l'impression que le scénariste en fait trop pour faire pleurer le telespectateur.
C'est pourtant souvent ce qu'on peut reprocher à ce genre de film. Et pourtant, dans ce cas présent, les occasion ne pleuvent pas, puisqu'au cours des deux parties du téléfilm, les drames ne manquent pas, c'est le moins que l'on puisse dire. A commencer par la mort d'Isabelle, le coma de Bruno, sa maladie, la depression puis son suicide d'Hélène, les différents décès liés au Sida...  Nicholas est également un personnage touchant, car il est un peu le narrateur de l'histoire, et il voit peu à peu son monde s'écrouler, tout d'abord par la mort de sa soeur, mais aussi par la maladie de Bruno, qu'il considère vite comme son meilleur ami, son frère même l'appelle t-il. Avec leur cohabitation dans l'appartement, il craigne le regard des autres mais finalement s'en fiche. Il faudra l'accepter, car le regard ne fera que s'accentuer, spécialement pour Bruno qui perd son travail dès qu'on apprend qu'il est séropositif. D'ailleurs la scène où il apprend qu'il est atteind est très froide, à l'époque, même les médecins avait très peur de la maladie, personne ne savait réellement comment on était contaminé. Il y a par exemple cette scène troublantes où une femme fait une crise par peur de passer après une personne atteinte par le Sida chez le médecin.


Nicholas restera toujours présent pour son meilleur ami, et même si sa liaison avec le politicien qui fera exploiser le scandale du sang contaminé n'est pas exceptionnelle, étant donné qu'il est marié, cela se laisse voir sans déplaisir, surtout que cela ne prend pas beaucoup de place. Mais revenons plus tôt sur Bruno, puisqu'il est beaucoup question de ce personnage au destin tragique qui va vivre dans la peur et l'incertitude en ayant tout à fait conscience de ce qui l'attend.
S'il apparait au départ comme un mec très macho, il est finalement très tolérant, car il accepte l'homosexualité de son ami, sans jamais le juger. Etant séropositif, il ne sait jamais combien de temps il a avant que la maladie ne se développe, mais peut-on vraiment avoir une vie et être heureux en se sachant en sursis ? Malgré sa maladie, il retrouvera le bonheur, tout d'abord grâce à son fils Jeremy, mais ensuite grâce à Fabienne avec qui il redécouvre l'amour mais aussi à faire des projets. Le téléfilm glisse là aussi sur un thème interessant, à savoir la vie amoureuse et sexuelle des séropositifs. On développe aussi le fait que le maladie séropositif passe par divers complications comme des problèmes au poumon. Finalement, alors qu'il retrouvait le bonheur et semblait sur le point de fonder une famille, même la perspective d'avoir un enfant était egoiste, la maladie se déclare. Le telefilm se dévoile avec beaucoup de pudeur et une grande justesse dans une longue poignée de scènes fortes. Bruno est condamné, il est en fin de vie, n'a plus de force, et il ne veut pas que Fabienne garde une image d'un légume de lui, il veut mourir. Là encore, on évoque le thème de l'euthanasie, même si cela aurait pu être encore plus creusé, mais c'est pourtant très émouvant. Beaucoup d'émotions durant la mort de Bruno qui meut de sa volonté, par une piqure mortelle de Nadia. On pourrait dire un mot sur la musique qui intelligemment passe les générations, on commence par du Daniel Balavoine pour finir sur l'immense Jeff Buckley et son magnifique "Hallelujah". Alors bien sur, on pourra dire qu'il est très facile d'ammener l'émotion sur une si magnifique chanson, mais n'empêche que cela fonctionne, et on est ému, très ému.


On pourrait dire un mot sur la fin du téléfilm qui est surprenante, et même brillante car le téléspectateur se prend finalement une claque monumental qui agit comme une piqure de rappel, nous disant qu'il ne faut jamais baisser la garde, car une seule fois peut suffire. Peu de temps après la mort de Bruno, Nicholas se décide à quitter Pierre, et un soir, il boit beaucoup pour oublier son chagrin et couche avec un inconnu, le lendemain il ne se souvient pas si il a utilisé une capote. Il avait bu, il avait oublié, et à présent il est séropositif. Il paye le prix de son erreur, et après avoir vu tout ce qu'à endure son meilleur ami, après avoir vu mourir Bruno de la même maladie, il sait qu'il va subir le même sort. En 2008, la maladie ne s'est toujours pas déclaré en ce qui le concerne, il est en sursis, seuls ses proches sont au courant, car 20 ans après, la maladie est toujours un sujet tabou. Une fin très intelligente, car elle est en accord avec le reste du téléfilm et témoigne de l'injustice de cette maladie qui peut frapper de tout moment, on n'est jamais vraiment protégée contre elle, et c'est pour cela qu'il faut se protéger. Ce téléfilm avait pour objectif d'émouvoir et de sensibiliser les gens sur la maladie. Dans ces deux cas, c'est totalement réussi.


Bilan : un téléfilm boulversant et poignant qui relate l'histoire de toute une génération qui se reconnaitra très certainement dans ces personnages formidablement interprétés. Un beau téléfilm qui émeut et nous met souvent la larme à l'oeil, comme quoi France 2 a encore de bonnes choses dans ses tiroirs, tout n'est donc pas perdu. Bien au contraire.


Bonus : la bande annonce.

Le clip de l'hymne du Sidaction : Sa raison d'être.
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Publié dans Cinéma

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